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grand banditisme

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Pigalle est le centre tellurique du crime organisé à Paris. A cette

époque le plus vieux métier du monde, la prostitution, est l'un des principaux moteurs de la pègre.

Proxénètes et trafiquants gèrent leurs affaires depuis quelques arrières salles moites et obscures du plus

nocturne des quartiers de la capitale. Une vingtaine d'années plus tard, les trottoirs commencent à se

disloquer. La France redressée des Trente Glorieuses, puis l'effet conjugué de la fermeture des bordels et

de l'évolution des moeurs, c'est la drogue qui débarque et sur le bitume les catiches cèdent leur place aux

toxicomanes, ou deviennent elles-mêmes accrocs. Les macs se recyclent ou se diversifient, c'est selon, se

font dealers et tiennent les filles sous dépendance et sous un régime de terreur. La prostitution sort alors des

rails que les architectes des réseaux Pigalle avaient posés. Entraînant dans son déraillement, l'effondrement

de la structure puis l'exil aux quatre coins de la région parisienne. L'édifice des canailles reposait sur les

épaules de ces dames, dont on peut encore apercevoir les souvenirs du côté de la rue du Douai. Vestiges et

ruines abandonnés aux touristes, Pigalle s'efface avec les années 80 et les cabines de projections privées.

Un chantier disparaît, mute surtout, celui mafieux de la grande criminalité organisée.

Politique du milieu

Ni les Triades, ni la Cosa Nostra et ses capi impeccables n'ont entrepris un jour de s'implanter dans la

capitale. Trop vaste pour être annexée, trop surveillée pour qu'on y règne, Paris est une jungle. Sa faune est

tropicale, panthères solitaires et cancrelats agglutinés. Les alliances sont toutes de fortunes, se font et se

défont au gré des entreprises. Des bandes se forment parfois, des familles s'impliquent à l'occasion, pour

mieux se mélanger ensuite. S'adaptant en permanence à la société qu'elle parasite, la pègre a toujours été

le reflet de son époque. Fourmillement d'ethnies et de cultures différentes, la grande criminalité voit

aujourd'hui collaborer gaulois, corses, blacks, beurs, asiatiques... S'il y a bel et bien un communautarisme

primaire qui régit les accointances du milieu, dans les affaires, c'est le professionnalisme qui prime.

Qu'importe le flacon, l'ivresse seule compte.

Contrairement aux mafias traditionnelles qui sévissent en Sicile ou en Asie, la pègre parisienne n'est pas

une monarchie avec ses dauphins, ses prétendants au trône et ses cousins d'Angleterre. Elle serait plutôt

féodale avec ses duchés, comtés et baronnies. Diviser pour mieux régner, certes, mais pas ensemble ;

chacun chez soi plutôt que sur le fief voisin. En prouvant leur valeur sur le terrain, les plus méritants peuvent

espérer intégrer l'un des trois cercles, aux côtés de ceux qui comptent. Le plus large compte environ 500

acteurs sur l'ensemble de Paris et sa région dont 250 sont particulièrement influents, ceux-ci constituent le

deuxième cercle, le médian. Quant au premier, il s'agit de l'élite criminelle francilienne, soit une cinquantaine

de virtuoses du crime : investisseurs capables de risquer des millions d'euros sur un coup, rois du

lance-roquettes improvisé ouvre-boîte à l'occasion d'un braquage de convoi. Insaisissables ils maîtrisent l'art

de passer entre les mailles du filet policier. Tous sont depuis longtemps fichés au grand banditisme, donc

surveillés, mais seul le flagrant délit peut les confondre. Parvenir à un tel niveau constitue bien l'une des

preuves de leur immunité. Dans la grande majorité des cas, un flagrant délit est le fruit d'un ami qui a

gracieusement aidé la police. Sans doute, la manière la plus simple de faire tomber ses concurrents dans la

valse incessante des luttes intestines et des jeux d'influence.

Nouvelle donne

Au nombre des activités illégales qui ont le vent en poupe, le business de la drogue est celui qui génère les

plus grosses sources de profits. Le marché est aujourd'hui à son apogée et son économie pérenne, car

ayant réussi à satisfaire la demande par l'offre. Les rares évolutions se situent au niveau des envies des

consommateurs. La cocaïne autrefois réservée aux élites tombe en pluie continue sur la capitale grâce à

des prix toujours plus attractifs. De 150 euros au début des années 90, un gramme de coke se trouve

aujourd'hui pour 30 euros. Les techniques sont maintenant éprouvées. Parmi celles-ci, le « go fast » est

particulièrement utilisé par les trafiquants de la capitale : généralement quatre berlines de luxe se rendent à

l'étranger (l'Espagne pour le cannabis et la cocaïne, la Hollande pour l'ecstasy et l'héroïne) en file indienne

ou presque tout au long du trajet. Au retour, la première et la dernière voitures sont vides, elles servent de

leurres pour les véhicules du milieu dont les coffres sont pleins à craquer de plusieurs centaines de kilos

embarqués. Certes l'entreprise est risquée, car si prise il y a, les pertes engendrées s'avèrent très

importantes mais c'est un risque auxquels beaucoup n'hésitent pas à s'exposer. En phase avec les

évolutions des nouvelles technologies, de nouveaux marchés noirs sont venus inonder la rue. Trafic de

DVD, de puces téléphoniques, de matériels informatiques, piratage de cartes bancaires, contrebande... La

pègre démontre sans cesse ses redoutables capacités d'adaptation.

Jadis réglées au sein de la famille ou du clan, les affaires se traitent aujourd'hui parfois entre de parfaits

inconnus. Les rapports entre gangsters sont devenus purement professionnels. Plus vraiment d'éthique, de

code d'honneur ou de lien du sang. Le pragmatisme est devenu le seul principe régulateur des motivations

et des ambitions. Seul le talent compte, à tel point que s'est installé un véritable système méritocratique

tacite qui règle les positions de chacun. Preuve que l'époque de la cooptation communautariste est révolue,

le démantèlement du 2 mai 2003 par les Brigades de Répression et Banditisme [1], et de Recherche et

d'Intervention, d'un commando de braqueurs composé de corses et de maghrébins. Les premiers étaient

quadragénaires, les seconds n'atteignaient pas encore la trentaine. Nouveaux foyers de pauvreté, ils sont de

fertiles terreaux pour la criminalité. Les cités fournissent ainsi une grande partie de la nouvelle génération de

margoulins et de crapules de haut vol. Ces enfants chéris se retrouvent souvent associés aux anciens sur

des affaires importantes pour lesquelles seules comptent les aptitudes de chacun. Les barrières ethniques

ou générationnelles sont définitivement tombées.

Convergences

Quant aux voyous des cités, qu'on voit arpenter les rues de Paris, ils ne constituent qu'une façade exposée

et illusoire de ce qui se trame réellement là où les choses se font. Fraîchement débarqués des périphéries

grises de la capitale, ces bubons géographiquement urbains paradant en voitures allemandes et refourguant

leurs kilos mensuels n'échappent généralement pas longtemps à leur sort. C'est ainsi que dans la marmite

hermétiquement close qu'est la taule, se retrouvent dans un bouillonnement commun ceux qui ont passé

leurs vertes années dans la rue. De cet indigeste concentré de gabegie sociale, comme dans toute situation

grégaire, certains éléments surnagent. Les plus expérimentés remarquent rapidement les nouveaux

potentiels : le maître trouve alors un disciple. Le temps offert par la vacuité de l'univers carcéral est utilement

mis à profit pour l'enseignement des règles de l'art. Naturellement la sortie donne l'occasion de mises en

application qui seront autant de manières pour l'élève de rendre à son instructeur les services accordés

entre les murs de la prison.

Dans l'enceinte d'une geôle comme à l'extérieur, il existe deux façons de susciter le respect des autres. A

l'image de notre société, les principales sources de pouvoir sont l'argent et la visibilité médiatique, la gloire.

Et la réputation se mesure à l'aune des investissements pour préparer un coup, puis du grisbi récolté une

fois l'opération réussie. Les coups d'éclats médiatiques constituent l'autre moyen de gagner l'estime de ses

pairs. Ainsi, arrestations et évasions spectaculaires, courses poursuites meurtrières, n'ont souvent pour

seule motivation que ce besoin de reconnaissance.

J'ai mis Cerbère devant l'Enfer

Partout où le succès se manifeste, se crée un environnement parasitaire. Le milieu ne fait pas exception.

Autour des cercles d'influences gravitent les manqués, les déshérités du crime. Si le plus grand nombre est

condamné à la récidive, autrement dit à retenter sa chance dans l'espoir d'une consécration, quelques-uns

optent pour un chemin vertueux. Assurés d'une remise de peine s'il trouve un travail à leur sortie, certains se

retirent pour de bon. D'autres optent pour la solution médiane en devenant videurs ou vigiles. Gardiens de la

frontière entre l'extérieur anonyme et les intimités de la nuit, ils sont souvent perçus comme à même

d'organiser toutes sortes de trafics. Pourtant leurs activités illégales se résument pour la plupart à laisser

carte blanche aux relations de la cité à l'intérieur des établissements. Pour leurs anciens compagnons, les

videurs sont des gangsters manqués. Incapables d'avoir noué des relations en prison, considérés comme

sans talent par les autres truands, ils intègrent un monde de la nuit dont ne font partie qu'en périphérie. Au

bas de l'échelle du crime, l'activité de videur est une vocation par défaut, un pis-aller en somme. En tout cas,

telle est la perception qu'en a le milieu, à Paris comme ailleurs.

Second sommeil

Malgré ses efforts constants pour maintenir ses activités dans une opacité diffuse, le milieu doit parfois faire

face à la révélation bruyante de sa tambouille. Pour le concernés, il s'agit généralement d'un ultime passage

sous les sunlights des médias avant de se retrouver définitivement à l'ombre. Lors des ripoux sont parfois

démasqués, des établissements subitement fermés, des collaborateurs déloyaux froidement abattus. Dans

les années 80 des clubs comme le Midnight furent fermés à la suite d'actes de sauvagerie commis au sein

de l'établissement par des groupes tels les Requins Vicieux. Ces derniers attaquaient de nombreuses boites

de nuit parisiennes comme autant de terrains de chasse et de fight clubs improvisés. Contrairement aux

Etats-Unis, ces gangs qui prônent l'ultra violence comme mode d'action n'existent plus en France. La société

a banni la gratuité, des biens et des actes. Le sang coule aujourd'hui à l'occasion de règlements de compte

personnels ou de tentative de prises de pouvoir par OPA, rarement pour d'autres motifs.

Le 25 février 2003, le patron de l'Enfer (devenu le RedLight), François Imbard est tué d'une balle de 11.43

en pleine tête. Abattu seul à la sortie de son domicile du 16e arrondissement. Le meurtrier était un de ses

anciens videurs, licencié quelques mois auparavant. Généralement les grands clubs parisiens restent

éloignés de faits de ce type. Comme pour la prostitution, les établissements de la capitale bénéficient d'une

surveillance policière de tous les instants. Trafics divers et règlements de compte ont plutôt lieu en

périphérie, à l'abri des spots aveuglants d'un Paris surexposé et branché, au sein de clubs moins en vue.

Parmi eux, le Triangle à Enghien (95), qui a été définitivement fermé pour d'obscures affaires et dont le

propriétaire est toujours recherché. Quant au SunRaï d'Evry (91), des présomptions d'activités liées au

grand banditisme ont conduit à sa disparition.

Comme bon nombre de mafieux Corses, le gangster de la capitale se retire dans la restauration ou dans le

milieu du jeu, une fois sa carrière terminée, et s'il n'a pas fini en taule. Il intègre alors l'univers de la mafia

dite blanche, doux prytanée du gangster en fin de parcours. En dehors de cela il existe en France une

frontière quasiment hermétique entre le monde des affaires et celui du milieu, contrairement aux pratiques

japonaises ou corses. Les bandits se contentent bien souvent de passer par des filières de blanchiment

classiques utilisées à 80 % pour de l'argent gagné légalement mais non déclaré. Cela n'empêche pas

casinos et autres établissements serrés de près (gestion) ou de loin (investissement) par ceux qui ont

préféré se retirer, de constituer une formidable blanchisserie décentralisée en mesure de liquider les saletés

les plus tenaces...

Si Paris est la ville lumière, les nouveaux caïds du crime lui préfèrent la douceur ensoleillée du sud. De

nombreux rejetons du milieu pas encore trentenaires, fiers d'une ascension fulgurante, ont choisi d'émigrer

en terre étrangère. La Costa del Sol est particulièrement prisée de cette clientèle dorée. Jeunes millionnaires

de la drogue supervisant les expéditions « go fast » lancées dans toute l'Europe, ils sont les symboles de la

fragmentation du réseau mondial. Colombiens et marocains se sont aussi installés sur les côtes espagnoles,

multipliant et éparpillant les petits cartels. Seules quelques tonnes de drogue sont désormais négociées à

chaque opération. Comparativement aux quantités vertigineuses d'avant, l'écart est considérable.

Les temps changent. Pablo Escobar est définitivement mort. Quant aux coupe-jarrets, crocheteurs, truands

et autres voyous de notre enfance, incarnés par Gabin, Delon ou Lino, et dialogués par Audiard, ils resteront

à jamais d'attachants stéréotypes surannés, l'illusion de l'aventure et de l'honneur.

Adrien le Goff

[1] Le 2 mai 2003, dix-sept personnes sont arrêtées par la B.R.B. et la B.R.I. Accusé par les services de

Police d'avoir fomenté l'attaque d'un fourgon de la Brink's, le commando présente une configuration

indicative de la nouvelle donne. Corses et truands de cités travaillant main dans la main, lance-roquettes au

poing. Ce jour-là, la Brink's ayant été avertie du braquage imminent de son convoi passant par

Champs-sur-Marne, change son itinéraire, ce qui contraint les braqueurs, surpris, à se replier. Quelques

heures seulement après l'avortement de l'opération, la fine équipe est appréhendée. Les premiers interpellés

s'appellent Bachir et Karim, 28 ans tous les deux originaires de Bobigny ; Salim, 30 ans, issu de Drancy. Peu

de temps après, c'est au tour d'un autre drancéen prénommé Samir, âgé de 26 ans. A ses côtés Yannick, 40

ans, du village corse de Pietra Bregno, arrêté circulant en moto, équipé d'un gilet pare-balles et muni d'un

pistolet-mitrailleur porté en bandoulière. Plus tard Nasser de Pierrefitte et Zaher de Drancy, 31 ans tous deux

sont interpellés en possession d'un arsenal impressionnant : M80, fusils à pompe et grenades sont entre

autres retrouvés dans leur box de la Courneuve. Parmi les autres membres de l'équipe arrêtés durant les

heures suivantes, trois bastiais : Michel, Patrick et Jean-Marc. Quand les corses s'allient à des étoiles

montantes issues de banlieue, le cocktail s'avère vite explosif. Par-delà les considérations communautaires,

c'est le professionnalisme qui régit les associations. Ce type de coopération devenu monnaie courante est

un signe fort du renouvellement générationnel. Paradoxal exemple d'intégration !

Tags associés : Grand, banditisme, parisien

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Mardi 21 Avril 2009Poster un commentaire
Ahmed Otmane, roi de l'évasion
AHMED OTMANE





Lorsqu'Ahmed Otmane né le 9 octobre 1961 à Gardanne, il ne sait sûrement pas qu'au cours de sa vie il s'évadera sept fois, ratera cinq évasions, participeras à deux, et échappera à une arrestation du GIGN. De quoi lui décerner incontestablement le titre de roi de la "belle".

Ahmed Otmane, dit Mabrouk ou Ninja, commence donc sa vie en 1961 dans la ville industrielle de Gardanne. Ses parents, d'origine algérienne, ont mit au monde dix autres enfants, sept garçons et trois filles. Ahmed passe son adolescence à traîner dans la banlieue marseillaise où il enchaîne les petits larcins (vols divers, cambriolages de petite envergure). C'est l'époque où Zampa et ses sbires font régner leur loi sur la cité phocéenne. Le jeune Ahmed se prend d'admiration pour le caïd marseillais et veut à tout prix marcher sur ses pas. La première fois qu'il est arrêté, Otmane est déjà monté d'un cran dans le banditisme en se lançant dans le braquage. Celui pour lequel il tombe la première fois a été commis en 1982 dans les quartiers nord de Marseille. Incarcéré à la maison d'arrêt de Loos, à Lille, Otmane profite d'une permission en 1984 pour prendre la poudre d'escampette. Et lui qui n'a peur de rien, qui "craint dégun", ne se repose pas sur ses lauriers. Lorsqu'il est arrêté en 1985, il a commis neuf braquages supplémentaires. Peu de temps après, une arme préalablement collé sous le banc où il s'assoit lors d'une présentation à un juge du palais de justice de Marseille lui permet de retrouver la liberté.



Caïd en Puissance

"Désormais adulte, caïd en puissance, la ruse et la violence deviennent avec le 11,43 et le 357 Magnum ses armes favorites".

L'argent récolté lors de nombreux braquages commis dans tout le sud, et en particulier sur la côte, Ahmed Otmane le réinvestit dans des affaires légales. Pour organiser ses gros coups et monter son empire, il s'appuie d'abord sur sa famille, et en particulier son cousin Birabah Meghoulef et peut-être aussi son frère jumeau Hadj, dont on dit que seul une fleur tatoué sur le bras gauche d'Ahmed permet de les distinguer. Mais la famille n'est pas le principal vivier de recrutement d'Ahmed Otmane. Le gros de ses troupes est formé de voyous de Gardanne, parmi lesquels beaucoup de maghrébins et d'italiens. Ensemble, ils forment la redoutable "Bande de Gardanne", soupçonnée de régner sur tout le Milieu de l'Étang-de-Berre. Au cours de la deuxième moitié des années 80, Ahmed et sa bande font l'acquisition de deux bars à Gardanne, d'un piano-bar à Aix, d'un bar marseillais et d'une boîte de nuit dans les Alpes-de-Haute-Provence. En plus du braquage et des affaires légales, l'équipe fait aussi logiquement un peu dans le racket.

Ahmed, lui, déteste l'uniforme. On le soupçonne d'avoir assassiné deux vigiles au Cannet-des-Marnes en septembre 1985 et un gendarme au Muy trois mois plus tard. C'est donc activement que la police le recherche. Alors qu'il n'a que 24 ans, 230 gendarmes du GIGN et plusieurs hélicoptères sont déployés pour procéder à son arrestation en juillet 1986, à Gardanne. Mais ne trouvant pas le sommeil, Ahmed était allé ce soir-là boire un verre dans une boîte. Intrigué par l'agitation de la ville, il préfère alors disparaître dans la nature.



Les Gendarmes et le Voleur

"Les Gendarmes et les voleurs, ce n'est pas un jeu pour lui, plutôt un styles de vie".

En mars 1987, Ahmed Otmane va signer une nouvelle action d'éclat. Son frère jumeau Hadj, interpellé au volant d'une voiture volée, a été conduit au commissariat de Sanary, dans le Var. Ahmed y fait irruption armé d'un 11.43, libère son frère et arrose les policiers pour couvrir sa fuite. Leur cousin, Birabah Meghoulef, les a épaulé dans cette opération. Ahmed, blessé, va lui se faire soigner à l'hôpital d'Aubagne. La police retrouve sa trace et l'arrête. Otmane va alors montrer au cours de sa détention aux Baumettes qu'il n'aime vraiment pas la prison.

Le 3 décembre 1987, il scie les barreaux de sa cellule et rejoint la cour de la prison, mais les gardiens le rattrape in extremis. Le 11 mars 1988, ses proches cachent une grenade dans le box des prévenus du tribunal d'Aix-en-Provence où il doit comparaître. La police la trouve avant lui. Peu après, il tente de s'évader en escaladant un échafaudage mais il est rattrapé de justesse. À Avignon, où il devait être présenté à un juge d'instruction, la police découvre une arme dans les toilettes du palais de justice. À Toulon, où il est entendu par un magistrat, on repère l'un de ses frères qui prévoyait sans doute de le faire évader. L'évasion réussite arrivera finalement le 16 juillet 1989, lorsqu'Otmane s'échappe des Baumettes en sciant les barreaux de sa cellule alors qu'il est au quartier d'isolement. Libre, il part se mettre au vert à Fréjus. Mais seulement dix jours après sa belle, le 26 juillet, les policiers lui remettent la main dessus. Insouciant, Otmane louait un studio à l'hôtel "le Méditerranée" et prenait chaque jour des cours de planche à voile. Néanmoins, les policiers retrouveront dans son appartement deux 11.43, un stock de grenades et 20 000 francs en liquide. De quoi leur fausser à nouveau compagnie. Mais lorsqu'il est cueillit, Otmane est "nu".

Transféré à la prison de Mende, c'est donc de là qu'il va signer une nouvelle belle, le 11 décembre 1989. Grâce à un pistolet en carton brandit contre les matons par son voisin de cellule Hamdane Djemaa. L'arme factice a été confectionnée de main de maître avec du carton et du papier journal rigidifiés grâce à de la mie de pain et du lait. Les dénommée Stéphane Gardes et Rémy Sivame, compagnons d'Otmane, sont aussi de la partie. Djemaa, lui, est retrouvé et tué à Nîmes. Il emmène avec lui la vie de deux policiers.

Ahmed Otmane, lui, préfère quitter la France pour l'Espagne et s'installe à Barcelone. Régulièrement, environ trois fois par semaine, il appel ses lieutenant sur une ligne située à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) pour gérer ses affaires depuis sa base arrière, et rencontre certains de ses fidèles à Stockholm, Bruxelles ou Barcelone. C'est depuis cette dernière ville qu'on le soupçonne d'avoir monté un trafic d'héroïne et de cocaïne, ce qui expliquerait ses voyages au Brésil.

En juillet 1990, considéré comme l'un des gangsters les plus dangereux d'Europe occidental, recherché dans six pays, il est arrêté en Espagne et incarcéré à Madrid. Et tandis que son frère jumeau et son cousin ont été condamné pour l'attaque du commissariat de Sanary à 8 et 4 ans, lui s'évade une nouvelle fois, avec un codétenu, le 10 avril 1991. Direction la Hollande où, sous le nom d'emprunt d'Ayme Marouani, il entame une nouvelle série de braquages. Arrêté et incarcéré près d'Amsterdam, Otmane s'en évade par hélicoptère le 2 août 1992. On soupçonne son cousin Meghoulef, lui-même évadé de la même manière quelques jours plus tôt avec quatre détenus, dont les cousins Abdelkader et Ouari Attou, incarcérés pour braquages, de lui avoir prêté main forte.



Un Mythe est en train de naître

Le 2 mars 1993, Ahmed Otmane est arrêté une ultime fois, en Espagne, avec deux complices de nationalité italienne, les frères Luigi et Carmelo Guagenti. Étrangement, cette arrestation est espacée de sept mois jour pour jour de l'évasion précédente, tout comme se fut le cas pour l'arrestation de 1990, qui avait d'ailleurs aussi eu lieu en Espagne. Peu après cette ultime incarcération, la police déjoue au dernier moment une tentative d'évasion par hélicoptère. Otmane s'évade finalement fin mai 1994, profitant, lors d'un transfert, que l'on ait oublier de verrouillé la porte de son fourgon pour s'échapper. Depuis, plus aucune trace du "roi de la belle", que beaucoup de témoins disent avoir aperçut dans le sud. Mais il y a peut-être eu confusion avec son frère jumeau.

Par ailleurs, certains hommes de la "bande de Gardanne" ont tragiquement perdus la vie. Alain Pieracci, 51 ans, l'un de ses principaux lieutenants, abattu en juillet 1999 de quinze balles de gros calibre tirées par trois individus cagoulés, près d'Aix, ou encore Azedine Dif, tué le 20 juin 2002 au 11.43, sont de ceux-là.

Le 28 novembre 2002 aura lieu une évasion dont on pense qu'Otmane est l'organisateur. Ce jour-là, à 16h50, trois hommes très puissamment armés débarquent à la centrale d'Arles avec une échelle et des véhicules. L'opération vise à faire évader cinq prisonniers. Mais voilà, une fusillade éclate avec les miradors. Un membre du commando, Karim Guermoudi, est abattu ainsi qu'un détenu, Vincenzo Caredda. Ils appartenaient tous deux à la "bande de Gardanne". Les quatre autres détenus candidats à l'évasion sont tous maîtrisés. Parmi eux se trouvent le cousin d'Ahmed Otmane Birabah Merghoulef. Les deux autres membres du commands sont identifiés comme étant Ouari et Abdelkader Ouari, deux cousins ayant des liens familiaux avec Meghoulef.

Actuellement, la police soupçonne Otmane d'avoir trouvé refuge dans sa famille en Algérie, tandis que son équipe aurait misé sur les machines à sous et occuperait une place importante dans les Bouches-du-Rhône, notamment à Aix. Famille, proches, liberté, violence, ruse, courage... Telles sont les mots d'ordre qui sont en train de permettre à Otmane de s'élever au rang de mythe du grand banditisme, faisant fantasmer beaucoup de jeunes de Gardanne qui rêvent de rejoindre "l'école Otmane".

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Mardi 21 Avril 20094 commentaire(s)
LE CLAN HORNEC
La jeunesse montreuilloise monte en puissance

Les frères Hornec (appelés aussi les frères "H", à l'instar de certains "Z"), Marc, Mario et Jean-Claude, ont commencé leur carrière au début des années 80, à Montreuil. Leur famille, des gitans sédantarisés, est installée dans la cité de la Boissière. La même cité que celle d'où vient Claude Genova, le gros voyou du moment. Du coup, les Hornec n'ont pas de mal à sa faire, un temps, une place à ses côtés pour taper quelques affaires. Mais assez vite, ils vont faire cavaliers seuls. Les personnes avec qui ils ont grandit leurs font confiance. Des maghrébins et des gitans pour la plupart. Leur activité centrale est propre à la nouvelle donne du Milieu : le braquage. Ceux tapés par l'équipe s'avèrent être de plus en plus audacieux. Le noyau dur de la bande, composé d'une dizaine de jeunes, prend de l'importance. Mais l'ascension des frères de Montreuil ne commence réellement qu'en 1989.

Cette année-là, le caïd de la capitale Claude Genova est écroué. Les Hornec voient donc leur ambition décuplée. À leurs côtés, on trouve certains futurs grands noms maghrébins du Milieu parisien, à savoir Ihmed Mohieddine et Nordine Mansouri, mieux connu sous le pseudonyme "la Gelée" (de l'arabe lagel, le veau). Petit à petit, les Hornec, menés par Marc, reprennent les affaires de Genova, notamment les bars à hôtesses. Mais pas sans difficultés. Ainsi en novembre 1993 est tué Michel Thiry, un ami des frères gitans, à Montreuil.

Claude Genova, qui a bénéficié d'une permission en février 1994, se met au courant des derniers gros coups tapés par le clan Hornec et décide de les mettre à l'amende. Ainsi ses hommes enlèveront la Gelée dans le but de lui faire avouer, de la manière la plus violente qu'il soit, les emplacements des magots de la bande. Une technique que Genova affectionne tout particulièrement. Mais l'un des ravisseurs n'est autre que le beau-frère de la Gelée. Ce dernier sera donc relâché contre une forte rançon. Puis Genova rentre en prison, et là les hostilités commencent.

En mai 1994, l'assassin de Thiry, Éric Pasquet, est abattu à Paris, suivit de Joël Guignon, tué le 12 juin à Nogent-sur-Marne. Le lendemain, c'est Féfé le Brochet qui tombe, le même jour que deux frères gitans proches des Hornec, victimes de l'instinct vengeur du dénomé Pépé. Le 20 août 1994, Claude Genova a droit à une autre permission. Deux truands indépendants poussés par les Hornec vont lui régler son compte : le 22 août 1994, Claude le Gros est abattu de trois décharges de fusil alors qu'il se trouve avec sa femme.

Les Hornec sont alors entièrement libres pour manoeuvrer et réinvestir l'argent issu des braquages de fourgons dans des bars, des restaurants et cinq boîtes de nuit. Mais les derniers fidèles de Genova n'ont pas dit leur dernier mot : dans la nuit du 23 au 24 mai 1995, deux boîtes des frères gitans sont plastiquées à Evry et Andilly, et un engin incendiaire est lancé à travers la vitre d'un restaurant du Perreux. Et le 3 août 1995, l'un des tueurs de Genova, Jean-Dominique Poletti, est descendu à Boulogne-Billancourt dans sa mercedes. Son complice, Kadda H. dit Karim, s'est lui enfui en Algérie.
Puis le calme revînt...



L'Esprit de Famille

La famille Hornec est très vaste (des équipes entières de police ont consacré plusieurs journées à établir l'arbre généalogique de la famille) et les liens qui l'unit sont très forts, donc pas de risque d'entourloupe ou de trahison entre eux. Par son étendu, le clan Hornec arrive à mettre dans sa poche les plus gros voyous parisiens. En effet, la fratrie aime être en bons termes avec tout le monde, s'associant tour à tour pour telle ou telle affaire avec différents voyous, braqueurs, trafiquants, ou autres.

Les Hornec sont de grands spécialistes du vol toutes catégories, et en particulier du braquage. Marc et Mario en sont de grands spécialistes, et aux côtés de professionnels comme la Gelée ou Ferrara, ils ont fait des ravages. Car en effet, pour les braquages, les frères Hornec n'hésitent pas à s'allier avec de grosses pointures du braco, comme Antonio Ferrara de la BS (dont ils auraient organisé l'évasion en mars 2003), ou Joseph Menconi, de Corse. Les trois frères ne seraient étrangers à aucun des gros braquages d'île-de-France qui ont eu lieu ces dix dernières années. Les sommes ainsi amassées sont énormes. Et c'est Marc, le chef de file du clan, né en 1966, qui se charge de les réinvestir, surtout dans les bars à hôtesses des quartiers chics de la capitale et dans des établissements de nuit. Et bien vite dans les machines à sous.

Jean-Claude Hornec, dit "Eddy Mitchel", lui, se tient quelque peu à distance des affaires de ses deux frères. Mais en sa qualité d'aîné, c'est lui que l'on écoute le plus et que l'on consulte le plus souvent. Pas question de foncer sans son assentiment. Il a d'ailleurs était inculpé dans une affaire de trafic de tableaux volés avec six autres personnes arrêtées en 2002 et 2003, dont trois ont des liens de parenté avec lui (Fabrice, Jacques et Thierry Hornec, neveux et cousins). Par ailleurs, cette bande est aussi soupçonnée de nombreux "saucissonages", aussi violents qu'intelligemment montés, effectués en Picardie, dans le Nord-Pas-de-Calais et en Champagne-Ardenne, d'un vatse trafic de voitures de luxe volées sur les autoroutes, et de l'hold-up de l'hôtel des ventes de Fontainebleau (800 000 euros de joyaux dérobés).

Un policier parle de Marc Hornec et ses frères en ces termes : "il vit dans cette grosse baraque avec ascenseur, marbre blanc et canapés en cuir mais, dans le jardin, il a gardé une caravane. Toute la spécificité des Hornec est résumée dans cette image. Ils restent d'une simplicité extrême. Ils ont à la fois la grosse villa sur la côte et la caravane en Vendée. Ils peuvent un jour diriger un gros coup contre un transporteur de fonds et, le lendemain, monter en personne sur un braquage minable.



Démêlés judiciaires et Morts en série

Marc Hornec se concidère comme étant victime d'un acharnement judiciaire. Ce qui a le don d'irriter ses proches . Ainsi, il est une fois arrivé à ces derniers de prendre en filature des policiers en civil pour les passer à tabac. Ceux-ci sont allés se réfugier in extremis au 36, Quai des Orfèvres. Par ailleurs, Marc, qui est alors recherché pour trafic de stup, force en 1995 un barrage de police à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), où il possède une luxueuse villa. Il se fera finalement pincé par la brigade des stups en mars 1996 à Eurodisney, alors qu'il se trouve avec un de ses jeunes neveux. Il sera libéré faute de preuves. Ailleurs, dans le 93, des policiers ont demandé à être mutés après avoir eu un différent avec un Hornec.

Les trois frères ont apparemment le bras long. Ils semblent en tout cas très au faut de l'avancée des enquêtes qui les suivent. Bien qu'étant concidérés par toutes les polices comme étant les parrains de Paris, les Hornec possèdent un casier judiciaire bien léger. Officiellement, ils ne sont que de simples forains. Leurs avoctas, Giraud, Liénard et Achoui, leurs sont d'ailleurs d'une grande utilité.

Ainsi, le 31 janvier 2003 avait été libéré Marc Hornec de la prison de la Santé, au grand damne de tous les services de la PJ parisienne. Le magistrat en charge de l'affaire estimait que l'incarcération de Marc Hornec ne se justifiait pas. Ses avocats avaient d'ailleurs vite fait de réagir : durant un mois, ils n'avaient cessé de déposer des demandes de mise en liberté. Marc avait été arrêté un mois plus tôt, le 21 décembre 2002, pour le braquage de quatre algériens venus à Paris changer de l'argent en lingots d'or, en juin 1999. Des écoutes téléphoniques avaient permis d'entendre citer les prénoms "Marc" et "Mario". En 2004, rebelotte. Alors qu'il avait été arrêté en mars, visé par deux mandats d'arrêt et recherché pour un vol en bande organisé, Marc Hornec est libéré de Fresnes quelques mois après son incarcération.


Par ailleurs, le juteux marché des machines à sous voit arrivé de plus en plus de truands dans ses rangs. Surtout à partir de la fin des années 90. Certains d'entre eux semblent vouloir prendre leur envol en oublaint les frères Hornec. Ces derniers vont faire place nette. Le 18 octobre 1999, au matin, Farid Saana, dit l'Écureuil, reçoit onze balles de 11.43 et deux chargeurs de fusil de chasse Place des Ternes. Antonio Lagès est tué l'année suivante, le 23 octobre 2000, de deux balles de Brenneck, avenue Georges-V. Djilalai Zitouni s'éteind le 21 juillet 2001 à Gennevilliers. Puis c'est Patrice Roma qui est abattu, en décembre 2001, dans le XIe arrondissement.

Mais le règlement de compte qui a fait grand bruit dans ces années concerne un enjeux bien plus important que quelques "baraques" : le quartier des Champs-Élysées et de l'Étoile, appelé le "Triangle d'Or". Le racket, les machines à sous et la prostitution y rapportent des sommes colossales. Et l'homme qui a décidé de régner sur tout ce monde n'est autre que le bien connu Francis le Belge, secondé par un autre "beau mec" marseillais : Joël le Libanais. Ils tiennent bien le quartier. Peut-être trop au goût des Hornec : le 27 septembre 2000 est abattu de sept balles de 11,43 Francis le Belge, dans un bar du VIIIe. La rumeur désignait Zitouni comme le commanditaire, ce qui est sûrement faux. S'il n'a pas été tué par les Hornec, il a été victime des vengeurs du Belge, qui ont pris le "fausse" (?) rumeur pour une réalité.



Quel avenir pour le clan Hornec? Certains estiment que leurs dernières démêlés judiciaires les ont fortement affaiblie. Jean-Claude est actuellement en prison (enfin, je crois) pour l'affaire du trafic de tableaux volés, et Marc, recherché dans plusieurs départements, serait en hôpital psychiatrique (simulation?). Certains l'aurait aussi apperçut à Menton et dans des boîtes de nuit parisiennes.

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TANY ZAMPA, LE SERPENT À SONNETTE MARSEILLAIS





Un Jeune Voyou Imprégné de l'Odeur du Milieu

Gaëtano Zampa, dit Tany, mais aussi Gaï ou Don Gaëtano, est né le 1er avril 1933 à Marseille, dans le quartier du Panier.
Il a de qui tenir : son père, Mathieu Zampa, né en 1902 à Naples, est un voyou respecté dans la ville. Il a commencé dans les années 30 sous Carbone et Spirito, puis s'est rangé du côté des Guérini après la Libération, comme la plupart des marseillais de l'époque. Il a été le propriétaire du bar de la Ruche, et a trafiqué à Saigon, notamment les piastres, en 1950. Dans les années 60, il part à Dakar exploiter un night club. Il reviendra à Marseilla en 1972 et mourra l'années suivante.

Autant dire que Tany a grandit avec le Milieu et connaît parfaitement son parfum. Lorsqu'il débute dans le métier comme macrau, vers 1950, dans le quartier Saint-Lazarre, tout le monde le connaît. À vingt ans, il travail dans le service d'ordre de Gaston Defferre. À même pas vingt-cinq ans, il tient déjà un hôtel, le Réal. C'est un flambeur, il aime montrer sa richesse, tout en évitant d'irriter les anciens de la ville. À Marseille, des caïds comme Antoine Guérini, Robert Blémant ou Paul Mondoloni l'apprécient.

En 1955, il monte à Paris en même temps que la "Bande des Trois Cannards", dont il connaît certains membres grâce aux Italiens de Panier. L'équipe, qui a commencé en Côte d'Azur, a décidé de se lancer dans le racket d'hôteliers parisiens (en plus d'être des racketteurs, les membres de la bande donnent aussi dans le casse, le proxénétisme, le jeu...). Beaucoup de voyous de la capitale commencent à la cotoyer, et pas n'importe lesquels. Ils sont parmis les plus durs : Joseph Brahim Attia, Georges Boucheseiche, Jean Palisse... Tany Zampa, qui connaît déjà très bien le Milieu, est désormais rôdé pour un tas d'activités. À Paris, il apprend à connaître des voyous violents, il s'habitue à leur attitude. Il est lui-même un nerveux, un "excité".



Une Bande Redoutable

Jusqu'en 1965, Zampa travaillera entre Paris et Marseille. Dans la cité phocéenne, il commence à s'entourer de vrais durs. Des impulsifs, des sanguinaires, des personnages violents et craints. Son passage dans la "Bande des Trois Cannards" a été très formateur. Il établit avec ses hommes une sorte de pacte de sang. Mais Zampa est impitoyable : il serait très bien capable d'en descendre un s'il devenait gênant. On peut citer parmis eux Jean Toci, son bras droit, Gaby Regazzi,Bimbo Roche, Gérard Vigier, Gilbert Hoareau dit le Libanais, ou encore Jacky le Mat. Plus une multitude d'autres durs issus de la nouvelle génération.

L'efficacité de Zampa dans le racket et la protection pousse bon nombre de caïds marseillais à faire appel à lui, notamment Robert Blémant. Il prend ses aises et se permet tout et n'importe quoi. Certains anciens, adeptes des règles "morales" du Milieu, comme Mémé Guérini, voient d'un mauvais oeil les méthodes violentes de Zampa. Mais personne n'ose s'opposer à lui.

Alors qu'il commence à investir dans l'héroïne, Gaëtano Zampa signe un gros coup : le cambriolage de la caisse d'allocations familliales de Marseille, dans la nuit du 31 décembre 1960 au 1er janvier 1961, pour deux millions de francs. Zampa monte en puissance. Il a investit dans la prostitution, la drogue, les jeux et il est le plus efficace racketteur de la Côte. Mais les Guérini occupent le trône du crime marseillais. Et on ne s'attaque pas aux Guérini. Mais le 4 mai 1965, Robert Blémant est abattut sur ordre d'Antoine Guérini. Pour Zampa, c'est une aubaine. Le Milieu n'accepte pas qu'Antoine ait fait assassiné un pilier comme Blémant uniquement par jalousie. Les associers des Guérini s'écartent peu à peu du clan, qui s'en retrouve très affaiblit.

Zampa en profite. Il ordonne à ses hommes de racheter ou de "protéger" les établissements de la région, dont, à la fin des années 60, certains appartenant (ou ayant appartenu) aux Guérini. Les lieutenants de Zampa exécutent les ordres et opèrent avec violence et détermination. Grâce à eux, Zampa met la main sur un bon nombre d'établissements de nuit. Et l'incarcération de Zampa de 1966 à 1970 ( il se marie en prison en juin 1966) n'empêchera pas ses hommes de continuer de prendre du terrain. Lorsqu'il sort de prison, Zampa est le nouveau maître des rues marseillaises : Antoine Guérini a été abattu en 1967 (certains pensent que c'est Jacky le Mat qui l'a exécuté sur ordre de Zampa), et Mémé est en prison. Pendant les années 70, Tany s'intéresse au trafic d'armes et aurait fournit l'ETA.



L'Heure des Comptes a sonné

Si dans l'ombre de Zampa Jacky le Mat gagne du galon, c'est surtout Francis le Belge qui monte en puissance. Les deux hommes se sont régulièrement croisés à Paris, mais restent rivaux. Le tout est qu'en 1972, des trafiquants d'héroïne proche de Zampa ont escroqué le Belge d'une grosse cargaison. Prévoyant une riposte, Zampa décide d'agir : le 5 septembre 1972 sont abattus au Canet Robert Di Russo, Jean-Claude Bonello et Daniel Lamberti. L'un des tueurs est abattu le 14 octobre en Corse, et l'autre le 28. Le 26 décembre, c'est un homme du Belge qui tombe, puis deux autres en février 1973, à la Belle-de-Mai. Francis le Belge réplique durement : le 31 mars, quatre hommes sont tués au bar du Tanagra. Il s'agit de Joseph Lomini dit le Toréador, l'un des trafiquants ayant escroqué le Belge et cible principal du commando, Ansan Bistoni dit l'Aga Khan, poid lourd de la French Connection, Jean-Claude Napoletano, un petit truand, et la patronne du bar. En novembre de la même année, l'arrestation du Belge et sa condamnation à quatorze ans de prison mettent fin aux affrontements. Par ailleurs, la légende veut qu'en plein coeur des combats opposant les deux marseillais, Zampa et ses hommes auraient apperçu le Belge à Paris, sans aucune protection, mais auraient refusés de faire feu sur ce dernier car accompagné de sa mère. Au cours de ces affrontements, Zampa aura préféré se réfugier en Italie pour échapper aux balles et à la police, et y restera jusqu'en 1975.

Tany fera huit mois de prison pour port d'armes cette année-là et est soupçonné d'avoir fournit des moyens pour le "casse du siècle" de Spaggiari en 1976. En parallèle de ses démêlés judiciaires sans concéquences (il est très peu probable qu'il ait eu un quelconque rôle dans le casse de Nice), Zampa se lance dans les jeux de la Côte d'Azur en association avec son ami d'enfance Bimbo Roche et le roi du jeu niçois Jean-Dominique Fratoni.

Mais même si tout semble aller bien pour Zampa, il reste un point noir : Jacky le Mat. Ce dernier s'est écarté de Tany et ne cesse de faire augmenter son capital. Alors lorsque les intérêts des deux hommes se toucheront, les balles vont fuser. Le litige survient en 1977, lorsque Jacky le Mat racket un client qui était déjà la cible de Zampa. Ce dernier, fou de rage, part régler son compte au Mat le 1er février, accompagné de Gaby Regazzi et Bimbo Roche. Il tire sept balles de 11.43 sur son ennemie tandis que ses accolytes tirent chacun une décharge de chevrotine. Mais manque de chance pour Tany, Jacky a survécu à ses blessures et prépare la contre-attaque. De mars 1977 à avril 1978, les corps vont tomber des deux côtés (douze au total). Avec une avance pour le Mat, qui a éléminé les portes-flingue qui faisaient toute la puissance du clan Zampa. Ce dernier en sort très affaiblit, et sur le terrain il ne tient plus réelement Marseille.



Une fin peu glorieuse

Les pressions policières ne font qu'aggraver les choses. Surtout à partir d'octobre 1981, date de l'assassinat du juge Michel, pour lequel Zampa est immédiatement soupçonné. À partir de cette date, Zampa est sans cesse surveillé, ce qui limite fortement son influence et son contrôle du crime marseillais.
En octobre 1983, Gilbert le Libanais, accolyte de Zampa spécialisé dans le monde de la nuit, est descendu. Le clan Zampa est sûrement l'auteur de cette assassinat, n'ayant pas supporté l'éloignement du Libanais par rapport au clan et son ambition d'enrichissement solitaire. La police met la main sur sa comptabilité et y découvre des affaires louches auxquelles sont liés Tany Zampa, sa femme, son avocat, et de nombreuses autres personnes. En novembre, ils sont tous arrêtés.

En prison, Zampa sombre lentement dans la folie. À l'intérieur des murs tout comme à l'extérieur, le monde des voyous s'amuse à surnommer l'autoproclamé "parrain à l'italienne" la "marraine" ou encore la "balance". Les 20 et 22 juin 1984, il tente vainement de se suicider. Et le 23 juillet, malgré une condamnation ne pouvant atteindre au maximum que cinq ans de prison, Tany Zampa se pend dans sa cellule des Baumettes. La trachéotomie tentée par son voisin de cellule avec un couteau n'a rien arrangé. Zampa meurt finalement le 16 août 1984 à 51 ans, aux termes d'une lente agonie.

Néanmoins, d'anciens fidels de Zampa s'étant fait plus discrets que d'autres vont continuer leur route dans la criminalité pendant un certain temps, notamment Jean Toci, qui sera assassiné en mai 1997 à Istres.

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Antonio Ferrara dit « Nino » ou « Succo », surnommé le « roi de la belle » (Cassino, Latium, Italie, 12 octobre 1973), est une figure du grand banditisme français.

Biographie

Né dans une famille modeste le 12 octobre 1973 en Italie, près de Naples, ses parents émigrent pour la France avec ses six frères et sœurs en 1983 ; Antonio Ferrara a alors dix ans et il grandit à Choisy-le-Roi (Cité Gabriel Péri) dans le Val-de-Marne, en banlieue parisienne. Comme le dira plus tard l'un de ses avocats, le jeune Antonio Ferrara bascule dans la délinquance vers l'âge de 18 ans par « manque de perspective(s) »[pour l'avenir, par « manque de diplôme(s) », mais également parce qu'il a toujours des « difficultés à maîtriser la langue française » après son arrivée en France.

Son père, qui travaillait chez Fiat en Italie, devient en France vendeur ambulant de sandwichs et de pizzas tandis que sa mère devient femme de ménage. Le responsable de la section d'éducation spécialisée de son collège se souvient « d'un jeune souriant, poli, mais qui jouait déjà les petits caïds ».Antonio Ferrara quitte l'école à 16 ans et travaille comme plombier (pendant un mois), puis comme nettoyeur de trains (moins de deux mois) et enfin comme serveur (deux mois).

Fiché au Grand banditisme depuis le milieu des années 90, soupçonné de nombreux braquages et d'une tentative de meurtre en 1996, il est surtout connu pour sa spectaculaire évasion de la prison de Fresnes dans le Val-de-Marne, le 12 mars 2003. Il est aussi connu pour ses compétences en explosif et sa technique dite "de la parabole", utilisée principalement sur les fourgons blindés. En relation avec le milieu corse (notamment avec Joseph Menconi), peut-être avec les frères Hornec, il est, jusqu'à son arrestation en juillet 2003, la priorité numéro 2, après Yvan Colonna, de Nicolas Sarkozy, alors Ministre de l'Intérieur.

Évasion et arrestation

Le 12 mars 2003, Ferrara est en prison depuis son arrestation le 13 juillet 2002 après quatre années de cavale (depuis 1998). Dans la nuit, vers 4 heures et quart du matin, un commando lourdement armé et très bien organisé attaque la maison d’arrêt de Fresnes à l’explosif pour le délivrer. L'évasion de Ferrara est très bien préparée : ce dernier fait tout pour se retrouver au « mitard » de la prison, l'endroit le plus efficace pour l'opération d'évasion. Il refuse donc une fouille de cellule et de cette manière, se retrouve au quartier disciplinaire proche de la porte arrière de la maison d’arrêt. En milieu de nuit, ses complices incendient des voitures en banlieue pour occuper les pompiers et les forces de l'ordre. Lors de l'attaque, de nuit, les gardiens, dépassés, réagissent à peine depuis un mirador, attaqué au fusil d'assaut AK-47 et l’opération, qui ne dure pas plus de dix minutes, est un succès. Le commando fait sauter deux portes blindées, à l'explosif et au lance-roquettes, tandis que Ferrara fait exploser lui même les grilles de sa cellule grâce à des explosifs fournis par ses complices. Ferrara fuit pour le sud de la France tandis que dans les mois qui suivent, quatorze auteurs et complices sont arrêtés, dont des bandits corses, comme Dominique Battini.

En début de soirée du 10 juillet 2003, il est localisé dans un bar du XIIe arrondissement avec deux pointures du Grand banditisme, dont l'un est en cavale depuis 1998. Ferrara a les cheveux décolorés et le nez refait. C'est l'OCRB (Office Central de Répression contre le Banditisme) et la BRB (Brigade de répression du banditisme) qui mènent l'opération d'arrestation. Quarante policiers issus de ces deux services sont mobilisés pour cette arrestation. Ferrara, armé et détenteur de faux-papiers d'identité, n'a pas le temps de dégainer.

Mis en examen pour « évasion avec usage d'armes et d'explosifs », « infraction à la législation sur les armes », « complicité de tentative d'homicides volontaires avec préméditation à la fois sur des surveillants pénitentiaires et sur des fonctionnaires de police », « destruction de biens avec explosifs en bande organisée », « association de malfaiteurs » et « détention de faux documents administratifs », il est incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Il est aussi mis en examen pour « port et transport d'armes de première catégorie », dans le cadre de son arrestation.

Après son arrestation, il est placé à l'isolement et doit être jugé à partir du début de l'année 2006. En prison, il est régulièrement changé de cellule.

Procès du braquage de la Poste

Le lundi 6 février 2006 s'ouvre le procès de Antonio Ferrara devant la Cour d'assises du Val-de-Marne.

Lors du procès, son avocat estime pourtant qu'« il n'y a rien dans ce dossier ».Il fait valoir qu'aucune confrontation n'a été réalisée et que les 25 agents de la poste séquestrés n'ont pas reconnu son client. Le 7 février, ceux-ci expliquent que les agresseurs sont la plupart du temps cagoulés. Les deux automobilistes pris ensuite en otage par Ferrara ne l'ont pas non plus reconnu à l'audience. « Vous n'avez absolument aucune preuve contre Ferrara, le plus petit doute que vous avez doit bénéficier à l'accusé ", conclut l'avocat devant la Cour.

Le jeudi 9 février, Antonio Ferrara est reconnu coupable de « vol avec arme », « séquestrations », « prises d'otages » et de trois des quatre « tentatives d'homicides volontaires sur policiers », dont il est accusé.

Il est donc condamné à 15 années de réclusion criminelle pour le braquage d'un bureau de poste de Joinville-le-Pont en juillet 1999, et pour trois tentatives d'homicides volontaires sur policiers.

Ferrara, à l'énoncé du verdict, se montre détendu et souriant. Au moins 20 années de réclusion criminelle avaient été requises à son encontre. « Ils ont bâclé un dossier (…) je ne suis pas coupable dans cette affaire » avait-il déclaré à l'issue de la plaidoirie de la défense.

Procès du braquage d'un fourgon de la Brink's

Le 22 décembre 2006, la Cour d'assises de Paris condamne Antonio Ferrara et Joseph Menconi à onze années de réclusion criminelle pour avoir participé au braquage d'un fourgon de la Brink's en décembre 2000 à Gentilly dans le Val-de-Marne. Les deux hommes ont toujours nié leur participation aux faits tout au long du procès qui s'est ouvert le 17 novembre 2006.

Il est à l'isolement depuis son arrestation le 10 juillet 2003.

Le 09 avril 2009, Antonio Ferrara est acquitté en appel par la cour d'assise d'Evry dans le cadre de cette affaire.

Procès de son évasion de la prison de Fresnes

Dans la nuit du 14 au 15 décembre 2008, Antonio Ferrara, 35 ans, est condamné à 17 ans de prison ferme pour sa spectaculaire évasion de la prison de Fresnes du 12 mars 2003. Vingt années de réclusion criminelle avaient été requises contre Ferrara, qui n'était pas présent pour le verdict.

Plusieurs complices sont également condamnés dont un ancien surveillant de la prison de Fresnes, reconnu coupable de complicité dans l’évasion d’Antonio Ferrara : il est condamné à 12 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris et placé en détention. Quant à Karim Achoui, ancien avocat de Ferrara, il écope de sept ans de prison ferme pour complicité et son placement en détention a été ordonné

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